• La peur du feu

     

    - Va te pendre avec ton feu ! me hurla le gars près de la sortie à travers la cantine du lycée.

    Il était interne comme moi et j'étais surnommé à l'âge de seize ans pyromane. Non parce que j'aimais le feu, le provoquer ou autre, mais au contraire j'en avais peur...

    J'en ai la phobie depuis plus d'un an, depuis que mes parents sont morts, brûlés vivants dans leur chambre alors que moi, j'étais chez grand mère. Un suicide ? Je ne le sus jamais mais cela me provoqua une certaine aversion à l'égard  de cet élément de la nature qui me hante depuis ce jour là.

    Il était dix neuf heures, l'heure du repas du soir et la centaine d'internes étaient présents, tous me regardaient d'un air  furieux, seul dans mon coin, comme toujours. Mais cela ne me gênait pas outre mesure, j'avais  l'habitude à force .

    Une purée de carotte dans mon assiette, une couleur de feu. Les murs du self étaient rouge et jaune, peut-être des signes sur mon sort. Je devient fou, je le vois partout, mais pourquoi me harcèle-t-il ?

    Je ne mangeai rien ce soir et je posai mon plateau et rangeai mes couverts quand les deux mongoles du lycée - à mes yeux - me bloquèrent le chemin alors que j'étais sur le point de sortir de la cantine. D'un air détaché j'essayai de les ignorer mais ce ne fut  pas si facile que ça. 

    L'un d'eux alluma un briquet et la flamme haute de six centimètres m'impressionna et me fit frissonner. Je jetai un regard meurtrier à celui qui venait de faire ça et sortis des lieux en courant.

    Je traversais la porte et sentis la fraîcheur de la nuit sous mes trois couches de vêtements. La plaine lune éclairait la cour du lycée, tandis que les étoiles étaient cachées par d'épais nuages. Un temps de chien.

    Je traversais la cour en quelques enjambées et montai directement à l'internat, mon sac de cours pesant sur mon dos.

    Les marches furent gravies deux à deux jusqu'au deuxième étage, celui des garçons.

    - Il y a le feu ! Il y a le feu ! annonça affolé un interne en courant vers moi mais à mi-chemin il se plia en deux en m'ayant vu courir vers les escaliers de secours.

    Que des cons, pensai-je. Ils ignorent tous quand un vrai feu va éclater dans cet internat.

    Je m'installais dans ma chambre, allumai ma lampe de bureau et me mit à lire un livre sur les Pompiers. Je partageais ma chambre avec un gars qui était plus jeune que moi, lui était surnommé le fou. Pourquoi ? Car il se prend pour Dieu. Certain dise qu'il est possédé, avec ses tics très bizarres, j'avoue. Bref, nous sommes dans la chambre des souffres douleurs et nous attendons un troisième colocataire, couche culotte, je vous laisse deviner pourquoi.

    Les heures passèrent et le couvre feu de vingt deux heures trente sonna. Le surveillant ordonna que l'on aille chacun dans sa chambre respectif.

    Mes mains soutenaient ma tête alors que j'étais allongé dans mon lit en écoutant sans intérêt les murmures du fou. Je commençais à sombrer dans mon monde préféré, celui de mes rêves. Je fermai les yeux quelques instants et soudain l'alarme incendie retentit !

    Je me levai sur le qui-vive, pris mes biens personnels et descendis en moins d'une minute à l'extérieur de l'internat, apparemment j'étais le premier.

    Je regardai ma montre et vis que les quelques instants durant lesquels  j'avais fermé les yeux et qui ne m'avaient sembler que quelques minutes étaient en fait une heure passée.

    Trois minutes plus tard tout le monde fut dehors et les deux cancres sortirent les derniers en me jetant un regard moqueur. On avait tous des têtes de zombies, les cernes aux yeux comme des sacs remplis de sable, les cheveux en bataille, il ne nous manquait que  le visage en décomposition pour ressembler à de véritables morts vivants.

    Le pion qui gérait l'interna ce soir là, compta les élèves un par un et attendit que l'alarme s'arrête pour aller vérifier les dégâts . Au final, une fausse alerte d'incendie provoquée par des élèves du dortoir des garçons. Conséquence: tous les jeunes hommes dans le couloir,  et personne ne pouvait rentrer tant que le ou les coupables ne se soit rendus , ce qui n'était pas gagné.

    Au final, la patience du surveillant vint à bout, après deux heures de brouhaha dans le couloir et  il finit par laisser  tout le monde rentrer dans sa chambre.

    Ces fausses alertes  furent reproduites une demie douzaine de fois dans l'année scolaire, jusqu'à ce lundi soir, la journée avait été chargée en sport, j'étais épuisé. J'avais fermé la porte à double-tour et pour couronner le tout j'étais seul dans la chambre, le fou étant malade.Ce qui n'était pas nouveau, puisque il est toujours dans un piteux état.

    Mais en plein milieu de la nuit, un de mes rêves se transforma en cauchemar et je fus réveillé en sursaut. De la fumée envahissait ma chambre, je me redressai, passai une main sur mon visage en sueur et entendis l'alarme me frapper les tympans. La porte de ma chambre était en flamme, je ne pouvais plus respirer, et je somnolait à moitié de fatigue.

    J'étais affolé, les larmes me montèrent aux yeux, je regardais autour de moi.

    Là, mes biens personnels, sur mon bureau les quelques feuilles de mon autobiographie trainaient par ci et par là. Je pris les quelques secondes qui me restaient pour écrire la fin de ma vie celle je redoutais tant, je n'ai pu connaître le grand amour, mais je peux vous faire partager mon histoire en essayant de la conserver à l'extérieur du bâtiment. J'ai peur, je sens le brûlé  me monter dans les narines, ça y est, c'est la fin, je le sens...

     


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