• Faciliter les révisions

    Ainsi, vous y êtes enfin parvenu. Vous avez terminé votre précieux manuscrit - celui que vous avez passé des mois à créer - et la tentation de le glisser dans un colis postal et de l’expédier à un chaleureux éditeur vous tiraille impitoyablement.

    Je vous incite à résister à cette tentation. Pour le moment, en tous cas.

    Après avoir investi tant de temps et d’efforts pour en arriver là, il serait vraiment dommage de précipiter les choses à cette étape cruciale de la vie de votre manuscrit. Une fois le premier jet terminé, la plupart des auteurs se rend compte qu’il va être nécessaire de réviser ou de partiellement réécrire.

    Il existe quasiment autant de manières de corriger et de réécrire qu’il existe d’écrivains. Certains préfèrent réviser leur texte alors qu’ils sont en train d’écrire. Quelques-uns choisissent de couper et changer de scénario à mi-chemin, lors du processus de création. D’autres semblent faire la course durant le premier jet et passent du temps à le polir une fois terminé. Je fais partie de ceux-ci.

    Peu importe la technique que vous préférez, à partir du moment où elle fonctionne pour vous. Le but est d’obtenir un manuscrit professionnel qu’un éditeur achètera, avec un peu de chance.

    Jetons donc un oeil à douze techniques de fignolage qui pourraient faire la différence entre une vente et un refus.

    1 - Imprimez

    Voir les mots affichés devant vous sur un écran est une chose. Lire vos mots sous une forme différente vous permettra de les voir selon une perspective différente. Si vous écrivez à la main, tapez-les. Si vous utilisez un ordinateur, imprimez une copie sur papier.

    Je me rends bien compte que cette méthode n’est pas gratuite, mais examiner votre travail sous une nouvelle lumière mettra l’accent sur beaucoup de petites erreurs et de contradictions qui ne seraient pas aussi évidentes autrement. Observer votre travail sous différents formats lui sera bénéfique.

    2 - Lisez à voix haute

    D’accord, quelqu’un qui jetterait un coup d’oeil par votre fenêtre pourrait trouver cela un peu idiot, mais de toute façon il y a de grandes chances que personne ne regarde. Le but de cet exercice est de faire ressortir le rythme naturel (ou son absence) de votre écriture.

    Pour cette étape, un bloc-notes et une importante réserve de stylos seront utiles. En lisant, ne cédez pas à la tentation de vous arrêter et de corriger, quelle que soit la redondance ou l’expression maladroite. Prenez en notes dans votre carnet tout ce que vous remarquez, mais continuez à lire. Vous passerez plus tard à l’étape de réparation.

    Rien ne profitera davantage à votre écriture que le fait de la lire à voix haute. Vous découvrirez des nuances de rythme et d’interprétation que les mots imprimés ne montrent pas. Vous pourriez également découvrir d’étranges cadences qui cassent le rythme. Quel que soit ce que vous découvrirez, entendre ce que vous avez écrit vous permettra de prendre du recul.

    3 - Orthographe et grammaire

    Lorsque l’on lit quelque chose que l’on a soi-même créé, on anticipe souvent les mots. Souvent, votre esprit verra le mot que vous aviez l’intention d’écrire, plutôt que l’erreur réelle. Le correcteur d’orthographe de votre ordinateur ne remarquera pas ces écarts.

    Des termes tels que "qu’il" et "qui" sont faciles à confondre et encore plus faciles à négliger. Après tout, ce sont de si petits mots.

    Demandez-vous comment vous vous sentiriez en ouvrant le livre d’un auteur, si vous y trouviez des fautes de frappe triviales éparpillées d’un bout à l’autre de l’histoire. Je suis sûre que cela ne vous plairait pas, et que l’histoire ne semblerait pas aussi agréable, du fait de cette gêne. C’est de cette manière qu’un lecteur potentiel verra votre travail. Prenez le temps de le parcourir avec attention.

    4 - Inconsistances de l’intrigue

    Pendant que vous faites cette relecture initiale, vous découvrirez peut-être l’existence de noeuds dans votre histoire qui ne se démêlent pas comme prévu. Vous pourriez également vous apercevoir que vous avez entamé plusieurs fils de l’intrigue qui se sont évaporés par la suite.

    Cela arrive. Vous connaissez tous les détails de votre histoire sur le bout des doigts. De votre point de vue, toutes les informations sont déjà là. Mais c’est le point de vue du lecteur qui importe, ici. Le simple fait que la conclusion vous semble logique ne signifie pas que votre écriture a clarifié vos intentions.

    Il se pourrait que vous vous soyez emballé au moment critique de l’histoire, ou que vous ayez été captivé par l’attrait des personnages, et l’entrelacs de l’intrigue que vous aviez commencé s’est perdu sur l’instant. C’est le moment de ramasser tous les fils défaits et de les rassembler pour en faire une conclusion nette et satisfaisante.

    5 - Personnages

    Votre point de vue est-il cohérent ? Avez-vous des personnages qui errent dans l’histoire, puis qui finissent en queue de poisson, sans contribuer à quoi que ce soit ? Les traits de vos personnages tiennent-ils la route ?

    Si vous avez introduit dans le premier chapitre une protagoniste brune et mesurant 1m64, la décrire comme blonde et mesurant 1m72 dans le chapitre six ne va pas plaire aux lecteurs, encore moins à un éditeur.

    De même, il est maladroit de mettre en scène un personnage simplement pour lui faire dire une réplique, ou fournir une information spécifique. Trouvez le moyen d’utiliser un personnage déjà existant pour cela, ou encore mieux, étoffez ce figurant pour qu’il contribue davantage à l’intrigue plutôt que de lui donner un simple rôle de messager.

    Parfois cependant, les personnages mineurs sont importants. L’inconnu qui sert derrière le comptoir, la femme au guichet, la petite amie du fils du voisin. C’est une bonne chose que de montrer les figurants, mais interrogez-vous sur leur pertinence dans votre récit avant de vous lancer dans l’histoire de leur vie, ou pire, leur point de vue.

    6 - Faites avancer votre intrigue

    Sachez quels sont les conflits de votre histoire. Les conflits aident à créer de la tension, qui entraînera votre récit vers l’avant. Si vous omettez les bonnes descriptions ou encombrez la scène, un peu de cette impulsion peut être perdue.

    Parfois toutefois, le frisson ressenti en écrivant des scènes d’action ou des scènes érotiques peut vous faire perdre de vue la direction que prenait votre histoire. Ajouter une scène ou deux pour que le tout soit plus excitant ne fonctionnera pas si cela ne fait pas avancer votre intrigue dans le bon sens.

    Il est difficile de massacrer une grande section d’écriture ou une partie de dialogue que vous appréciez particulièrement, mais soyez brutal. Si cela ne fait pas avancer votre histoire ou ne renforce pas le cœur de l’intrigue, alors fermez les yeux et appuyez sur supprimer.

    Imaginez la façon dont un lecteur se sentira en lisant votre travail pour la première fois. L’action est-elle suffisamment propulsée, assez pour lui faire tourner les pages les unes après les autres ? La lutte du protagoniste est-elle suffisamment crédible pour susciter un sentiment d’empathie chez vos lecteurs ?

    Encore une fois, ne cédez pas à la tentation d’arrêter de lire et de régler le problème. Gardez une trace de tout changement dans votre bloc-notes.

    7 - Éliminez le superflu

    Quelle que soit la chose que vous décriviez dans votre monde fictif, soyez spécifique. Dire à un lecteur "l’herbe était d’une nuance de vert" ou "elle se sentait comme malade" est fade et faible. Si l’herbe est verte, alors dîtes-nous qu’elle est verte. Si votre personnage est malade, alors dîtes-nous qu’il l’est, et assurez-vous d’ajouter les symptômes de ce dont il souffre.

    De même, fouillez et supprimez chaque mot, verbe et modificateur faibles. Éliminez toutes les idées abstraites et remplacez-les par des images concrètes qui aideront vos lecteurs à visualiser ce qui se passe.

    Scrutez votre manuscrit à la recherche de combinaisons nom-adjectif qui peuvent être remplacées par un nom plus fort, plus spécifique. Supprimez tous les mots non nécessaires qui n’ajoutent rien à l’histoire ou au portrait des personnages. Éliminez tous les clichés. Si vous devez utiliser une métaphore ou une comparaison, créez-en une qui vous soit propre et unique.

    8 - Actif contre passif

    La voix passive affaiblit tout extrait d’écriture, tandis que la voix active ajoute du pouvoir et de l’imminence à votre histoire. Au lieu d’écrire "le bateau était secoué par une mer agitée", remplacez par "la mer agitée secouait le bateau". Soyez à l’affût de tous les passages à la voix passive et retirez-les, ou remplacez-les par une alternative plus forte.

    9 - Simplifiez

    Votre intrigue est-elle obscurcie par une chronologie tortueuse, trop de flash-backs ou des fils d’intrigue déconcertants liés entre eux de façon incorrecte ? Songez à éliminer quelques-uns de ces problèmes pour clarifier la chronologie.

    Faites des descriptions simples avec des noms forts. Réduisez vos dialogues à leur simple essence. Les détails en plus ne seront pas perdus et les conversations sembleront plus concises.

    Les formes positives de description sont plus claires et plus directes que les négatives. Pendant que vous parcourez votre travail, prenez en note les mots pas et ne. Puis trouvez le moyen de nous dire ce qui est plutôt que ce qui n’est pas.

    La simplicité amène la clarté.

    10 - Répétition

    La diversité est un facteur-clé pour conserver l’intérêt du lecteur. Cherchez puis trouvez des synonymes pour tous les mots ou phrases fréquemment répétés.

    En parcourant cet article, le nombre de fois où j’ai utilisé le mot "remplacer" est effrayant. Je devrais trouver un moyen de réarranger ma structure pour que ce mot n’apparaisse pas aussi souvent, ou alors je risque d’être répétitive.

    11 - Cherchez une autre opinion

    Après avoir finalement effectué tous les changements et révisions inscrits dans votre bloc-notes, il est temps de chercher une autre opinion. Un point de vue impartial pourrait relever quelques contradictions que vous-même auriez manqué lors de la dernière révision. En plus de cela, il est toujours préférable que quelqu’un d’autre vérifie votre travail avant qu’un éditeur ne le voie.

    Peu importe qui lit votre travail. Vous ne cherchez pas un éditeur classe A, juste l’opinion d’un lecteur honnête. Tout ce dont vous avez besoin, c’est une idée de la façon dont votre histoire l’a touché. Après tout, plus de 95% de vos lecteurs entreront finalement dans cette catégorie.

    Et s’il se trouve que ce lecteur relève deux ou trois petites choses, l’objectivité aura valu le temps et les efforts.

    Une alternative ici est de soumettre votre manuscrit à un atelier. Parfois les critiques pourront vous sembler dures, et parfois vous recevrez des encouragements ou des éloges pour votre travail, mais dans la plupart des cas cela vous aidera à comprendre la façon dont différentes personnes interprètent vos mots.

    12 - Re-révisez

    Une fois votre relecture terminée, il est temps de rendre les changements réels. Prenez le temps de modifier les redondances et de supprimer les passages inutiles. Cela peut prendre du temps, mais l’histoire n’en sera que plus forte.

    À l’instant où vous pensez avoir terminé, et qu’il est temps d’envoyer votre chef d’œuvre dans le grand méchant monde, relisez-le .

    C’est une étape importante. Lorsque l’on ajoute des mots supplémentaires ou que l’on modifie les parties qui ne fonctionnaient pas, il est inévitable de faire quelques erreurs. De simples fautes de frappe, oublier de supprimer le reste d’une phrase incomplète, dupliquer des lignes ajoutées. Ce genre de choses arrive.

    Ne faites pas l’impasse sur cette étape. Parcourez encore une fois votre manuscrit avec attention. Quand vous êtes certain que tout est en place dans votre histoire et qu’elle est aussi peaufinée qu’elle pourra jamais l’être...

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