• Chapitre 1 - Leçon d'histoire

    Chapitre 1

    Leçon d'histoire



    Rires et pleurs encourageaient le jeune chevalier Moshe à reprendre la route à travers les terres infestées de démons et de monstres ne méritant point de noms. Toute la population assistait au prochain départ de leur héros. Il était le sauveur de l'humanité, l'élu d'une ancienne prophétie à présent accomplie et surtout, le père du prochain roi de Britannia.

    Levant sa main droit devant lui, les milliers d'individus assistants à ce départ, le saluèrent sur ce geste. Une volée de colombes s'envola au-dessus de la foule, puis des trompettes sonnèrent durant de longues secondes, en hommage aux armées défuntes ayant combattu contre les forces du mal aux côtés de Moshe.

    Amadeo, la monture identique à un loup faisant trois fois la masse d'un tel animal, se redressa sur ses pattes arrière et poussa un hurlement titanesque, faisant vibrer les murs et autres de la cité. Suivi d'autres applaudissements, le chevalier fila tout droit vers le désert sans fin d'Esmérald... tout droit vers de nouvelles aventures.

    Personne au royaume de Britannia ne se douta qu'une dernière mère porteuse de monstres sanguinaires avait survécu dans les gorges de l'est et était prête à accoucher, et ainsi, former une nouvelle armée démoniaque. Personne ne le savait... si, quelqu'un était au courant, un enfant du Dieu de l'enfer envoyé par Moshe en exil dans une prison où il était inutile de tenter de s'évader. Mais, il trouverait bien un moyen de s'échapper pour aider la survivante que tous êtres humains repoussaient et devenir le nouveau Roi du monde des enfers, gouverné par son propre père...

    Pour...



    – Est-ce que Alice est de retour du pays des merveilles ?

    Cette question pince-sans-rire déchira les pensées de la jeune femme et elle mit une fraction de seconde à reprendre ses esprits pour se retrouver dans la salle de cours d'Histoire. Elle entendit ses vingt camarades de classe se moquer d'elle par des rires grotesques et même des applaudissements moqueurs.

    Décidément, quoi qu'elle fasse, elle ne passait pas inaperçue. Elle était arrivée dix minutes devant la classe pour ne pas être en retard et ainsi, ne pas se faire remarquer. Et pourtant, ce qu'elle regrettait tant l'avait rattrapée. Cette première journée de classe de l'année 2011 s'annonçait plutôt mauvaise pour sa propre personne.

    Alors que le professeur – jeune et vraiment séduisant qui faisait tomber sous son charme plus ou moins toutes les filles de la classe – retourna vers le tableau en marche arrière tout en la fixant, cette dernière se replia sur elle-même, essayant de rentrer sa tête dans ses épaules au maximum. Elle sentit également ses joues se réchauffer ; elle rougit de honte.

    Mais, le plus crucial pour elle, c'était qu'elle avait trouvé une fin parfaite pour son roman qu'elle écrivait depuis bientôt un an. Tout n'était pas perdu. Elle s'empressa donc de noter sur un bout de papier qui traînait sur son bureau personnel, tout ce qu'elle avait en tête avant d'y perdre. Pour elle, il était capital de noter toutes idées lui passant dans son esprit créatif, sachant que sa mémoire lui jouait des tours, tout comme la plupart de ses sens. Hormis le touché relativement bien développé qui lui permettait de reconnaitre avec une facilité certaine toutes choses lui passant entre les mains.

    En écrivant les quelques phrases, elle se sentit épiée, chose qu'elle n'aimait pas. Le professeur avait repris son cours et le calme reposait de nouveau dans la classe. Dommage que ses longs cheveux bruns à la base légèrement bouclés étaient noués, elle ne pouvait cacher plus ce qu'elle désirait. Elle ne tenta pas de lever la tête à la recherche de celui ou celle qui la guettait dans ses moindres faits et gestes. Peut-être que ce n'était que son imagination qui travaillait, or, comment en être sûr ? Faire confiance à des inconnus était trop risqué, et...

    – Que faites vous, mademoiselle... ?

    L'adolescente releva la tête une nouvelle fois, et eut la surprise de voir de nouveau son professeur s'intéresser à elle. Aujourd'hui, ce n'était pas son jour. Les lunettes de vue au bout du nez furent remontées à l'arête maladroitement, ne modifiant pas la grandeur de ses yeux noisette, avant qu'elle réponde :

    – Niculae. Jo Niculae.

    Quelques jeunes arrivèrent à pouffer silencieusement au sujet du prénom de leur camarade, certains autres ne parvinrent pas à garder ça pour eux.

    – Jo... Ce n'est pas un prénom commun pour une fille, commenta le professeur.

    – Je sais, on me le dit chaque jour.

    L'homme lui jeta un regard interrogateur, étudia la fiche qu'il avait entre les mains et reporta encore son attention sur la fille.

    Des chuchotements crépitèrent à propos de l'enseignant qui avait un coup de foudre pour l'adolescente qui ne se faisait que remarquer.

    – Très bien Jo. Dis-moi ce que tu es entrain d'écrire, car à ce que je sache, il n'y a rien à noter sur ce que je cite. Explique à toute la classe ce qui est plus intéressant à enregistrer que d'écouter ce que je dis.

    La pauvre Jo commença à paniquer. Inutile de tenter de se faire plus petite puisqu'elle était prise dans les griffes du loup. Impossible d'y réchapper. Ne sachant quoi dire, et surtout pas la vérité, sous peine de subir de nouvelles moqueries, elle chercha un mensonge mais, n’en trouvant pas, préféra garder le silence.

    Du regard, le professeur insistait, mais en vain.

    – Mademoiselle Niculae restera en classe après le cours.

    Involontairement, Jo souffla de désespoir. Cette rentrée n'allait pas être oubliée de si tôt. Cette fois-ci, les élèves ne réagirent pas. Bon signe, songea l'adolescente.

    La jeune femme rangea donc sa feuille sous son classeur et se maudit de ne pas avoir pu tout écrire. Elle allait tout oublier, pourtant, l'épilogue était parfait. Si elle perdait le tout, elle ne s'en remettrait jamais. Et elle savait que ça allait arriver. En première ligne, Jo regrettait sa place. Si seulement elle n'avait pas ses problèmes d'écoute, alors elle aurait été avec joie au fond de la salle pour écrire avec plus d'assurance.

    Elle se contenta de croiser ses mains et de reposer son menton dessus, en fixant le professeur inscrivant un seul mot sur le tableau : l'Orchestre.

    – Qui peut me dire qu'est-ce que l'Orchestre ? demanda l'enseignant en montrant du doigt ce qu'il avait noté à l'intention de tous.

    – C'est une superpuissance, annonça un étudiant au fond de la salle.

    – Oui, mais encore ?

    – Une superpuissance basée sur la culture Anglaise et qui la met en valeur dans les pays sous son contrôle, dit une élève.

    – Elle est en pleine expansion depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et se développe chaque jour.

    – Comment ? enquêta Kelley en regardant fièrement ses élèves.

    – En établissant des lois et en partant à la conquête d'autre pays chaque jours, répondit le premier jeune homme qui avait prit la parole.

    Ce questionnaire était important. Une loi établie par l'Orchestre voulait que les élèves connaissent parfaitement son histoire afin de ne pas passer ignorant. Les jeunes étaient le futur, c'était eux les plus importants et il était facile de leurs bourrer le crâne à leur âge. Les parents, les personnes âgés, les retraités n'étaient plus rien.

    – Pourquoi ?

    Personne ne voulait répondre. Par craintes ou par méconnaissance ? Nul des deux, c'était simplement que personne n'avait envie.

    – Jo ? Pourquoi l'Orchestre veut conquérir le monde ?

    La jeune fille fixa son éducateur droit dans les yeux, et sentit tout les regards orientées sur elle.

    – Pour faire un monde parfait, déclara-t-elle en baissant la tête comme si elle regrettait de le dire.

    – Pour faire un monde parfait ! répéta l'adulte en élevant la voix et en le gravant sur le tableau.

    Telle était la raison de la présence de cette superpuissance : pour rendre le monde parfait. Était-il possible de rendre le monde meilleur ? Sans l'Orchestre, il le serait.

    Beaucoup de personnes avaient haï cet Empire, mais avec les lois qui avaient vu le jour consistant à dire aucun mal à son sujet, il fallait s'y faire et accepter les choses telle qu'elles étaient : l'Orchestre était la première puissance mondiale et il fallait l'honorer.

    – Quelqu'un peut me dire où en est la France dans le monde actuel ? se renseigna l'enseignant.

    Un jeune homme se leva au fond de la salle et répondit en citant un texte qu'il avait apprit par cœur, comme tout étudiant :

    – L'Europe de l'ouest est sous la dominance d'une superpuissance à vocation impérialiste depuis bientôt vingt ans. Cette superpuissance a pour nom l'Orchestre, et est apparue dans l'histoire le jour de l'armistice de la seconde guerre mondiale, tout porte à croire que c'est elle qui a lancé cette guerre. Devenue la première puissance mondiale, elle imposa aux pays sous son joug de parler l'Anglais et d'adopter sa culture en bannissant les autres. Toute personne ne parlant pas Anglais sera jugée et emprisonnée dans une zone de linguistique jusqu'à que les résultats soient là.

    « La France est sous la suzeraineté de l'Orchestre depuis bientôt dix ans et à ce jour, aucune rébellion de la part des Français ou d'autres pays n'a éclatée. Tous pays ''colonisés'' par l'Orchestre doit obéir aux besoins de cet Empire. Personne ne connait le dirigeant, ni même les partisans de cette superpuissance, mais tout les pays sont à présent dépendant de l'Orchestre. Les présidents ont dû acheter leur place, laissant leur peuple à cette nouvelle réforme et les forces de l'ordre reçoivent des communiqués d'anonymes venant tout droit de l'Orchestre. »

    Curieuse, Jo se retourna pour voir l'étudiant qui s'était porté volontaire pour répondre. Assez grand, il était un adonis qui méritait sa place chez les dieux. Ses cheveux noirs et longs qui recouvraient ses oreilles ; ses yeux d'un vert émeraude perçant, et son visage bizarrement dévoré par la fatigue le rendaient séduisant. Ses habits d'une simplicité bourgeoise et l'odeur qu'il dégageait attiraient encore plus les filles mais pas Jo.

    – Excellent Roméo, excellent, félicita sincèrement le professeur. Et, tu peux nous dire ce que nous prépare l'Orchestre ?

    – Cet Empire n'a pas encore divulgué les raisons de ses actes. Personne ne sait encore les projets de l'Orchestre, mais d'après des sources anonymes, tout porte à croire qu'une nouvelle loi va être adoptée prochainement.

    – Ce n'est que foutage de gueule, intervint une adolescente le visage dans ses mains. Je suis d'origine et nationalité française, je suis née en France à Paris même, je parle Français couramment en famille, j'aime mon pays, mais je n'aime pas cette vocation, alors pourquoi être obligé de parler Anglais ? La France était autonome avant la seconde guerre mondiale même toujours après ma naissance. Elle avait besoin de soutient pour arrêter l'envahisseur allemand, mais pourquoi ça ne s'est pas arrêté là ? Pourquoi la France ne s'est pas défendu lors de l'apparition de l'Orchestre ?

    – Kelly, garde tes propos pour toi à l'avenir, sinon je serais contrains de t'exclure du cours et de signaler ton comportement rebelle à la direction, répondit le professeur d'un ton sévère.

    Jo put voir que l'enseignant connaissait ses étudiants grâce à l'année précédente passée en leur compagnie. À croire qu'elle était la seule nouvelle de la classe, et c'était le cas.

    Alors que Kelly s'apprêtait à parler, la sonnerie bourdonna et les adolescents se précipitèrent à ranger leurs affaires scolaires et à sortir de la salle de cours sans écouter les dernières recommandations du professeur.

    Jo rangea également sa trousse et son cahier, toutefois sans hâte, puisqu'elle n'avait pas trop le choix. Une fois fait, elle fut la dernière présente dans les lieux et s'avança vers le professeur d'un pas hésitant. Ce dernier effaçait le tableau.

    – Vous voulez me voir, monsieur Ke...

    – Victor, interrompit l'homme, appelle-moi Victor s'il te plaît. Tu sais, on n'a pas trop de différence au niveau de l'âge, et je préfère que mes élèves m'appellent par mon prénom lorsque les cours sont terminé.

    Elle approuva, mais elle n'aimait pas tutoyer un professeur, et encore moins quelqu'un de charmant. Qui avait parlé de tutoiement ? Elle pouvait l'appeler seulement par son prénom et le vouvoyer en même temps. Oui, et c'est ce qu'elle ferait.

    – Oui, Jo, je voulais te voir, reprit Victor en posant ses mains sur son bureau, au sujet de ce que tu écrivais en cachette tout à l'heure.

    Un silence de mort pesa soudainement sur la vaste classe. Pourtant, il n'y avait pas eu de mort, pas encore en tout cas. Si elle dévoilait son secret, alors cet homme pourrait l'humilier dans le futur, et Jo ne pouvait accepter cela, pas encore une fois comme les deux années précédentes dans un autre lycée, en Vendée. Là-bas, elle avait dit à ses soit-disant copines, qu'elle était passionnée par l'écriture et qu'elle voudrait devenir écrivain. Les filles avaient rapporté à leurs propres amie la chose, et à la grande surprise de Jo, personne d'autre ne partageait la même passion qu'elle. Durant ses deux premières années à l'école, elle ne put que s'enfermer sur elle même et on la surnomma ''l'intello'' à cause de ses lunettes. Depuis toute petite, c'était sa mère qui l'avait instruite personnellement, et elle n'était jamais allée à l'école maternelle, primaire et le collège. Le lycée avait été sa première expérience scolaire et se résultat par un échec.

    La mère Niculae ne pouvant lui apprendre plus de choses qu'un lycée puisse enseigner, avait décidée de déménager avec sa fille sur Paris pour parfaire les études de Jo qui ne rêvait que de devenir artiste dans l'écriture. Son nouveau lycée partageait les lieux avec une université voisine. Souvent, des clubs ouvraient et les membres de ceci pouvaient être lycéens ou alors étudiants de l'université. Ça ne gênait jamais personne. Peu-être que Jo pourrait trouver un club d'écriture, ou un autre thème proche.

    Elle ravala avec difficulté sa salive et dévoila aussi rapidement que possible :

    – J'écrivais.

    Un regard interrogateur l'assailli.

    – Tu écrivais ?

    Elle répondit d'un simple hochement de tête.

    – Tu écrivais quoi ?

    – Une histoire.

    Ça voix était faible, comme si elle parlait dans un léger murmure volontaire. Elle se racla la gorge et continua :

    – J'avais quelque chose en tête à noter, et je suis désolée si j'ai perturbé votre cours, je ne voulais pas...

    – Non, non, coupa Victor d'un signe de la main, ce n'est pas grave. C'est juste que les jeunes qui écrivent essayent de se faire plus... discrets et n'expliquent jamais la vérité. Je suis donc étonné d'entendre ça de ta part. C'est en général quelque chose qui donne l'humiliation quand on apprend qu'une personne a une activité non commune.

    – Vous êtes étonné de voir une fille écrire par passion ?

    Ce fut la phrase la plus sèche qu'elle n'eut jamais prononcée. Tout de suite après, elle se sentit gênée en voyant son interlocuteur rougir et bouger, mal à l'aise.

    – Je ne voulais pas dire ça... Je... Désolé.

    Si c'était pour se moquer, il fallait le dire tout de suite ! hurla intérieurement Jo.

    – Pour tout avouer, j'admire ce genre de passion.

    Le cœur de Jo lâcha subitement, ou du moins, sembla cesser toute activité. Quelqu'un admirait ''ce genre de chose'', elle n'arrivait tout bonnement pas à y croire. Jamais dans sa vie ça ne lui était arrivé, à part sur le net, sauf que c'était des êtres virtuellement présents, et non réellement. Intérieurement, elle sautait de joie, vagabondait dans ses univers crées de toute pièce par son esprit, tout en chantant mille et une chansons merveilleuse. Tout ses amis imaginaire la félicitaient d'une manière ou d'une autre et le bonheur total régnait en maître de partout.

    Une fois à la réalité, elle comprit ce qu'elle venait d'entendre ; un compliment. Un compliment qui venait de la toucher, indirectement.

    – D'ailleurs, puis-je savoir sans être indiscret, quel genre d'histoire tu écrits ?

    – Un... Un roman. Un roman que je compte faire éditer une fois la version finale terminée.

    – Oh oh, ça ne plaisante pas, commenta Kelley en croisant des bras. Eh bien, félicitation à toi, c'est un rêve de toujours je suppose ?

    Jo acquiesça timidement de la tête. Son professeur était vraiment sincère, ce qui la rendait encore plus joyeuse.

    – Bon, très bien, je vais te laisser partir pour le prochain cours, mais sache que je ne veux plus te voir écrire dans ma classe. Mes élèves pourront croire que je fais une exception à une étudiante, alors pourquoi pas à tout le monde. Tu me comprends ?

    – Oui monsieur, affirma la jeune femme. Je n'écrirai plus dans votre cours, monsieur, c'est promis.

    Il lui fit un signe de la main vers la porte et Jo partit aussitôt sans jeter un coup d'œil derrière elle. La sonnerie avait tintée depuis quelques minutes, elle allait être assurément en retard à son prochain cours, et elle ne savait pas où ce dernier se déroulait.

    Victor Kelley âgé tout juste de vingt sept ans s'assit lourdement sur son siège et souffla. Cette nouvelle élève recelait plus de surprises qu'il ne le pensait et peut être qu'elle cachait un potentiel magistral pour son projet. Puis, sa taille moyenne d'un mètre soixante-dix était parfait. L'Orchestre avait mit en place une taille limite pour que les femmes puissent travailler. Un mètre soixante-dix minimum était nécessaire. Celles qui ne faisaient pas cette taille, étaient jugées d'inutile et d'incapable ; de la pure discrimination et occupait le rôle de mère porteuse.

    Il se frotta les yeux, regarda sa montre, jura silencieusement et se pressa de ranger ses affaires pour laisser la salle au prochain cours d'un autre professeur.


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